Un service public avec les méthodes du privé ?

Management par la performance, gestion de la relation « client », contractualisation des relations financières… Toute cette gamme de vocabulaire lié à la gestion des services publics, loin d’être neutre, reflète l’influence d’un modèle de gouvernance publique calqué sur les modes de fonctionnement du secteur privé, connu aujourd’hui sous le vocable de New Public Management.

Son idée centrale et initiale est louable : améliorer la gestion des services publics afin d’en diminuer les coûts. En France, ce mode de raisonnement a notamment inspiré la très contestée Révision générale des politiques publiques (RGPP), lancée sous Sarkozy et vite associée, dans l’esprit de tous, à un mantra : « le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ». Cependant, une étude de deux chercheurs à l’université d’Oxford, Christopher Hood et Ruth Dixon, A Government that Worked Better and Cost Less ?, vient de mettre en évidence les limites du modèle du New Public Management.

D’une part, depuis l’introduction du New Public Management dans les services publics outre-Manche, au cours des années 1990, les plaintes devant les médiateurs publics (ombudsmen) et les tribunaux relatives à des problématiques de traitement inéquitable des usagers ont plutôt augmenté. L’étude pointe ainsi une interrogation réelle quant à l’incidence de ces nouvelles méthodes de gestion publique sur la confiance dans les services publics – interrogation dont on peut trouver, en France, une certaine illustration, quoique ambiguë au regard du contexte très dégradé dans lequel elle s’inscrit, dans la détestation particulière dont souffre Pôle Emploi.

Dans le même temps, toutefois, si le nombre de fonctionnaires a diminué chez nos voisins britanniques, le coût des services publics n’a pas été réduit, loin de là : les coûts de fonctionnement des services publics civils ont augmenté (d’environ 2/5, ce qui n’est pas considérable), mais le coût total de ces mêmes services publics a, lui, plus que doublé. Une réduction des coûts de fonctionnement est souhaitable, mais son intérêt est bien limité si l’ensemble des coûts augmente dans le même temps. En France, un des aspects de la RGPP avait ainsi suscité des critiques particulièrement vigoureuses (voir par exemple ce rapport interministériel d’évaluation) : le coût incontrôlé du recours massif, dans des conditions parfois à la limite de la légalité, à des cabinets de consultants du secteur privé. Sans tomber dans la dénonciation systématique, un brin corporatiste, de toute initiative visant à faire évoluer l’administration, peut-être serait-il temps d’abandonner certaines recettes magiques…

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