Roberto Mangabeira Unger : « Qu’est-ce qu’être progressiste de nos jours ? »

Roberto Mangabeira Unger est brésilien et professeur de droit à Harvard. Dans un entretien accordé au Financial Times, ce philosophe radical se pose une question à laquelle on ne peut rester insensible : Comment recréer le débat mondial qui existait au XIXème siècle ?

John Paul Rathborne, qui a eu la chance de l’interroger, nous fait partager leur échange dans le Financial Times. 

« Ses idées sont multiples mais peuvent se résumer en un appel passionné à cesser de tout aborder en termes d’économie et de finance, ce qu’il nomme “la dictature du manque d’alternative”. Roberto Mangabeira Unger insiste sur la nécessité de se recentrer sur ce qui compte vraiment, l’esprit humain.  »

Plus loin, Rathborne nous rappelle que « Dans ses livres, Mangabeira Unger présente le néolibéralisme comme “l’économie et les sciences sociales américaines d’occasion”. Pourtant, il désespère aussi de la gauche traditionnelle, dans ses deux versions, “la calamiteuse, autoritaire, et la social-démocratie bien élevée européenne”. Je lui demande ce qu’il propose à la place ? Roberto Mangabeira Unger répond par une question. « Qu’est-ce qu’être progressiste de nos jours ? » (…) “L’imagination d’aujourd’hui se partage de deux manières. Il y a ceux qui se considèrent comme radicaux, croient au dogme et aux planifications, ils sont fantaisistes et de dangereux révolutionnaires. Et puis il y a la majorité, naturellement déçue par cette pensée, qui croit que la seule chose qui reste est de se débrouiller et de réaliser des progrès marginaux dans l’équité et l’efficacité. Je suis complètement en désaccord avec cette division parce que je suis radical, mais je ne crois ni aux dogmes ni à la planification.” »

« Il cite la technologie comme exemple de la nécessité de repenser le monde. Pendant la révolution industrielle, dit-il, les nouvelles technologies ont rapidement été adoptées, même dans l’agriculture. Aujourd’hui, en revanche, “l’avant-garde est mise en quarantaine”. Moins de personnes travaillent dans les secteurs économiques les mieux rémunérés et productifs, alors que le reste de la population lutte pour trouver un emploi équivalent ailleurs. Le résultat est la hausse des inégalités sociales. »

À propos de l’ouvrage de Thomas Piketty, Mangabeira Unger dit que « le problème est qu’il ne propose rien sur la façon de changer les institutions qui produisent cette inégalité : il corrige simplement le marché grâce à la redistribution compensatoire rétrospective [les impôts] » alors qu’il faudrait selon lui changer le marché lui-même.

« Il insiste sur l’importance de l’éducation, sur la nécessité de constamment expérimenter et d’instaurer une “politique de forte énergie”, d’utiliser la technologie pour déplacer l’emploi vers la “frontière de la pratique avancée” (…) “L’essentiel, le but ultime de la politique et de la réflexion, est une vie plus agréable pour chacun, conclut-il. Une vie plus agréable reste l’objectif principal… »

La pensée de Mangabeira Unger a la clarté des évidences et la générosité de l’engagement. C’est dire qu’elle mérite d’être approfondie et l’on ne saura trop conseiller la lecture d’un autre entretien récent : « qu’est ce qui cloche avec les sciences sociales aujourd’hui ? » ou pour les plus courageux son ouvrage « ce que la gauche devrait proposer« .

 

Laisser un commentaire