Réinventer un lieu pour le spectacle vivant

D’un côté, votre téléphone, et à portée de main Facebook, Twitter, La reprise et vos autres médias préférés, un univers presque infini de sollicitations instantanées. De l’autre, le charme un peu confiné du théâtre, son velours et son or, et surtout son rituel, contraint et contraignant : réservation à l’avance, arrivée à l’heure, durée incontrôlable, contenu imposé. C’est du constat de ce décalage, en passe de devenir un gouffre, que part le manifeste du duo d’Artistik Bazaar, Marine Birot et Marine Ulrich : comment s’étonner alors de la désaffection, voire de l’incompréhension, d’une part de la population et d’une plus large part de la jeunesse face au spectacle vivant ? Leur manifeste, Donnons de l’air-e à l’art !, dessine des pistes, et même une esquisse, de ce que pourrait être un lieu de théâtre pour demain.

Certaines de leurs critiques sont classiques : la labellisation des lieux, du prestigieux théâtre national au théâtre privé un peu dédaigné, tout comme, dans la musique « classique », la priorité accordée aux grands vaisseaux nationaux sur les ensembles indépendants, bride les énergies en instaurant une hiérarchie assumée des pratiques et des contenus. La déconnexion persistante entre le théâtre et son environnement urbain, les insuccès de l’ambition de démocratiser l’accès à l’art, appelle à faire sortir le théâtre de ses lieux, à lui faire investir l’extérieur pour se laisser investir par lui.

Mais derrière ces interrogations pointent une réelle exigence : faire tomber la barrière entre l’artiste et le public, c’est-à-dire d’une certaine façon, désacraliser l’art. « Et si demain, « pour voir », on s’autorisait un retour au XIXème siècle. On allumerait la lumière dans les salles, on donnerait le droit de parler, d’interpeller les comédiens, ou de faire salon. Transposer ces pratiques aujourd’hui reviendrait à twitter sans vergogne ou encore à prendre et poster une photo. » (p. 18). Pour initier cette dynamique, mélanger amateurs et bénévoles, transformer le rapport à l’espace, Artistik Bazaar a interrogé des porteurs de projets et d’idées : un directeur de théâtre qui associe un panel de spectateurs à ses décisions, des chercheurs qui appellent à fonder un théâtre-école, un chanteur qui fait des concerts dans une laverie… Sans doute ces projets manquent-ils d’une certaine cohérence entre eux ; certains sont institutionnels, d’autres plus créatifs, tous plutôt bobos. D’ailleurs, le théâtre imaginaire en illustration ne vous rappelle-t-il pas un peu le 104, à Paris ?

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