Quel socialisme pour demain ? – L’analyse de Richard D. Wolff

Richard D. Wolff est un économiste hétérodoxe, professeur à Yale et spécialiste de Marx. Il y a un an, il publiait un article éclairant sur le site truth-out.org. Il partait du constat que le capitalisme avait fait son temps, ainsi qu’en témoignait la stagnation des salaires, le plafonnement de la croissance, les inégalités, les niveaux de dette intenables, … Fallait-il revenir alors au socialisme d’antan ?

Rappelant les sources et les spécificités du socialisme (d’une part le transfert à l’Etat des moyens de production des biens publics, d’autre part le recours à la planification – au lieu du marché – pour en assurer la distribution) et revenant sur les divisions historiques des socialismes (le socialisme révolutionnaire et le socialisme modéré, donnant naissance au communisme et au socialisme classique), Wolff analyse les raisons du vide idéologique de la gauche de gouvernement : la chute du communisme a conduit à affirmer et à « prouver » la victoire du capitalisme et par là même à discréditer les spécificités du socialisme historique. Les socialistes n’ont plus eu d’autre choix que de reconnaître et de s’approprier les bienfaits du capitalisme ; de fait, le socialisme historique n’est plus, depuis la fin des années 80, une alternative sérieuse.

La crise économique et financière de 2007 a tout changé : la preuve par les faits ne fonctionne plus et le capitalisme a montré ses limites, des limites qui pèsent chaque jour, notamment en Europe, aux Etats-Unis et au Japon. De nouveaux partis, de nouvelles tendances émergent (qu’on songe au cas grec)… et toutes sont proches des formes historiques du socialisme ! Et pourtant, selon Wolff, il faut bien que le socialisme ne se contente pas d’être une réplique du passé.

Quel socialisme pour demain ?

Le socialisme du futur doit en effet dépasser les limites du socialisme du passé et analyser la principale raison de son échec : si les deux formes du socialisme historique ont permis d’améliorer les conditions des travailleurs, elles n’ont cependant pas permis de renverser la relation inégalitaire entre les travailleurs et les investisseurs/actionnaires. Elles n’ont pas permis de mettre un terme à l’ « exploitation » des travailleurs ni à ses conséquences sociales.

Voilà la tâche du socialisme de demain : mettre un terme à toute forme d’exploitation et permettre aux travailleurs de devenir leurs propres actionnaires et dirigeants : les actionnaires qui ne travaillent pas n’ont pas de légitimité à tirer profit de la plus-value créée par ceux qui travaillent. Le nouveau socialisme viendra avec la démocratisation des entreprises ! Et ce n’est qu’ensuite, à partir d’une telle évolution, au niveau micro économique, que la réduction des inégalités au niveau macro économique deviendra possible. Cet objectif macro économique ne dépendra alors plus des recettes de l’Etat, liées aujourd’hui aux surplus du capitalisme et réduits à peau de chagrin, mais il découlera directement de la capacité des entreprises à s’auto-gérer elles-mêmes, à dégager des surplus et à les redistribuer pour la collectivité.

Dit autrement les sources et les spécificités du socialisme de demain ne doivent plus être dans les mains de l’Etat mais dans celles des travailleurs : à eux de gérer leurs propres entreprises, à eux de donner à l’Etat les moyens suffisants de production des biens publics.

Wolff insiste ainsi sur l’aspect proprement démocratique et révolutionnaire du projet et invite à s’inspirer pour y parvenir des principes… de notre chère République : liberté, égalité, fraternité !

L’alliance de nos principes républicains et l’originalité du propos d’un économiste américain nous offrent dès lors une voie riche, où la liberté d’entreprise et la démocratisation des entreprises se combinent et offrent un horizon à suivre. La gauche doit désormais se concentrer sur cet horizon et suivre la voie tracée par Wolff ; elle doit revenir aux deux objectifs pour lesquels elle était historiquement légitime mais devant lesquels elle montre actuellement toute son incapacité : créer de nouvelles sources de croissance d’une part et renouer le lien avec les « classes laborieuses », les travailleurs d’autre part.

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