De quoi avez-vous peur : de l’islamisme ou de l’islamophobie ?

Dans un édito publié par le magazine Dissent, Michael Walzer propose une analyse brillante des difficultés de la gauche à se positionner clairement face à l’islamisme.

Le retour de la religion, après le « désenchantement du monde », nous perturbe (à gauche) et constitue un véritable test : sommes-nous capables d’y résister sérieusement ? Beaucoup d’entre nous y échouent selon Walzer et la raison principale est la suivante : nous avons peur d’être taxés d' »islamophobes » !

De la peur à la phobie, il n’y a qu’un pas, qu’interroge justement le philosophe. Le « jihad de l’épée » est particulièrement fort aujourd’hui et nous effraie tous ; et cette peur est tout à fait rationnelle. Mais malgré cela, certains ont plus peur encore d’être taxés d’islamophobes. Pourquoi ?

L’islamophobie est une forme d’intolérance religieuse, c’est vrai. Mais méfions-nous préviens Walzer : cela ne doit pas nous conduire à ne plus oser critiquer l’islam, autant que les autres religions.  Car voilà où les hésitations de la gauche nous conduisent : à la montée de l’islamophobie justement ! Et pas uniquement à l’extrême-droite !

A gauche, pour de nombreux auteurs, on continue d’expliquer que la religion n’est pas la cause de la progression du djihadisme radical mais que c’est davantage l’impérialisme occidental, l’oppression et la pauvreté qui en sont responsables. Voilà un point que refuse Walzer, et il rappelle que les religions ont toujours été des instruments idéologiques pour les classes dominantes.

Et le combat n’est pas nouveau : tout ce que combat l’islamisme a été obtenu de haute lutte par les philosophes des lumières contre la religion : la liberté individuelle, la démocratie, l’égalité entre les sexes, la laïcité, … Ce ne sont pas des valeurs de l’Occident, ce sont des valeurs des lumières… et des valeurs de gauche !

Alors que faire ? Michael Walzer ne propose évidemment pas de prendre le chemin des armes. Selon lui, il vaut mieux « contenir » l’islamisme que chercher à le détruire par les armes. Concrètement, il faut d’abord commencer par distinguer l’islam radical et l’islam lui-même. Il faut ainsi, qu’à gauche, nous approfondissions le dialogue avec ceux qui combattent l’islamisme radical : à fermer les yeux, Ayaan Hirsi Ali, d’abord à gauche, a finalement basculé à droite… Ensuite, il faut admettre que le triomphe des sciences et de la fin des religions n’a pas fonctionné : l’attrait pour les religions aujourd’hui montre que nous ne pourrons pas nous en passer. Enfin, il faut clairement désigner nos ennemis et les combattre.

Voilà pour les grandes lignes de l’argumentation de Michael Walzer. On peut ne pas être d’accord : on peut d’ailleurs lire la réponse d’Andrew F. March dans le même magazine. Et pour ceux que le sujet passionne, on peut lire la réponse de Walzer à la réponse de March : le débat est loin d’être fini…

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