Les enseignements du congrès du Front national

Le congrès pour la présidence du Front national, le week-end dernier, a permis à Marine Le Pen d’être réélue à la tête du parti sur le score soviétique de 100 %. En réalité, l’intérêt du congrès n’était pas dans cette parodie de reconduction démocratique, mais dans l’élection du Comité central. Si l’affrontement entre Florian Philippot et Marion Maréchal-Le Pen a monopolisé les débats, il faut préciser que cette dernière a remporté la première place devant Louis Aliot, le compagnon de Marine Le Pen, et Steeve Briois, Philippot n’arrivant qu’en quatrième position. Contrairement aux grands médias qui ont raffolé de cette querelle de personnes, nous chercherons à tirer des enseignements structurels et conceptuels du scrutin.

1/ En apparence, Marine Le Pen a le parti en main et ne peut plus à l’heure actuelle être contestée à la tête du FN. Elle a su s’extirper de l’affrontement avec son père, et a relégué Bruno Gollnisch dans les oubliettes de la primaire. Elle est parvenue à ce que les clivages se fassent au sein du Comité central, s’assurant quels que soient les résultats d’en bénéficier.

2/ Le FN, si prompt à attaquer le « système », repose sur un système familial et technocratique sans équivalent dans les partis traditionnels. Voyez plutôt : le parti de Jean-Marie Le Pen est repris par sa fille ; le Comité central voit apparaître en première position sa nièce, en seconde position son gendre, en quatrième position le bras droit de sa fille, un énarque. Seul le troisième du scrutin, Steeve Briois, ne fait pas partie de la famille proche. Bruno Gollnisch, qui appartenait à une autre tradition, a été impitoyablement repoussé, comme le furent en leur temps et pour des raisons contraires Carl Lang et Bruno Mégret.

3/ La victoire de Marion Maréchal-Le Pen marque le retour de la ligne dure, d’une droite post-pétainiste qui a fait les beaux jours de la droite parlementaire française et reste florissante au Front national. Il n’y a d’ailleurs guère de différences entre d’une part le discours de François Fillon sur l’immigration, le discours d’Hervé Mariton sur la famille, la mouvance de la Droite forte ou de la Droite populaire, et d’autre part le courant porté par la jeune députée frontiste. Tous ont marché main dans la main dans les rangs de la Manif pour tous. La droitisation de la société semble ici se confirmer.

4 / Cela étant, la victoire de Marion Maréchal-Le Pen ne signifie pas, comme le disent à l’emporte-pièce les grands médias, la défaite de la ligne Philippot. En effet, l’une s’est adressée aux militants purs et durs, à la « base » – qui n’a pas varié d’un iota – tandis que Florian Philippot avait pour mission de donner à un parti fermé et crispé la figure d’un rassemblement populaire. On sait de longue date que par son profil, par ses origines, par son discours élastique, fluctuant et politicien, Florian Philippot déplaît à une bonne partie de l’électorat frontiste. Mais Marine le Pen ne peut se passer ni de l’un ni de l’autre. Elle-même a bien connu, lorsqu’elle était confrontée à Bruno Gollnisch, l’opposition de la « base », et elle sait faire la différence entre les militants et les sympathisants. Ironie du sort, elle se trouve dans une situation équivalente à celle de Nicolas Sarkozy, qui faisait son retour en grande pompe le même jour.

5 / Comme nous le prédisions dans un article paru juste avant le congrès sur http://lareprise.fr/?p=2094 le Front national a fait état (tout en le repoussant dans le Comité central) d’un clivage structurel entre une tendance hybride droite-gauche et une tendance ultra-droitière. Un jour ou l’autre, cette opposition, qui recoupe en partie la répartition géographique entre Nord-Est et Sud-Est, posera au Front national un redoutable problème d’identité.

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