L’école et les enfants de l’immigration – Abdelmalek Sayad

L’école et les enfants de l’immigration est un ouvrage posthume rassemblant un ensemble de textes inédits d’Abdelmalek Sayad, sociologue franco-algérien spécialiste des questions d’immigration, disparu en 1998. A l’heure où l’école est en crise, cet ouvrage met en évidence des raisons trop peu souvent rappelées d’une telle situation.

Car on pourrait croire que cet ouvrage est d’abord un ouvrage sur les populations immigrées ; c’est en fait un ouvrage sur l’école, ce lieu de la République où s’affirment, finalement autant qu’ailleurs, sinon plus, la violence légitime et les rapports de domination.

Qu’on juge ainsi l’analyse de l’ouvrage faite par la vie des idées. On pourrait n’en retenir que les conclusions propres aux populations immigrées. Ce serait avoir une vision très réduite du travail de Sayad, dont on peut identifier au moins trois grands mérites.

Le premier tient ainsi à l’universalité de l’analyse. Peut-on en effet limiter le sentiment d’ « insécurité économique, la « dépendance totale », le sentiment de honte, et la peur » aux seules enfants d’immigrés ? Ce sont bien des sentiments partagés, à différents niveaux, par tous les enfants déclassés scolairement. Et c’est donc bien à cela qu’il faut s’attaquer en premier.

Le second mérite tient aux propositions formulées dans l’ouvrage. Au-delà des quelques propositions techniques, il faut noter les principes de base qui doivent soutenir toute réforme. « L’école doit dépasser plusieurs contradictions lourdes à commencer par le rapport au temps. L’action scolaire de fait s’inscrit dans le temps long. (…) L’école doit également lutter contre le sentiment de méfiance et de défiance qu’elle suscite auprès des parents en leur accordant le temps nécessaire au dialogue ». Voilà des propositions fortes dont les responsables politiques se sont pour le moment peu emparés et qui paraissent pourtant prioritaires…

Quant aux analyses propres aux populations immigrées, elles permettent de comprendre très finement le sentiment de défiance de celles-ci à l’égard de l’école, et donc de la République et donc de la France.

Voilà trois raisons pour lesquelles il faut lire cet ouvrage. Ajoutons-en une quatrième : pour penser en immigré et penser autrement. Car là encore, en changeant de point de vue, on apprend beaucoup…

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