Le séquençage du génome ou le retour du destin

On lira avec intérêt deux articles du Monde et du Nouvel Observateur sur le séquençage du génome, le premier pour l’explication simple de la technique et le second pour mesurer les effets – et dérives – de celle-ci.

Ce qui interroge et dérange à la lecture de ces deux articles, ce n’est pas la technique elle-même, mais l’idée omniprésente dans les réactions des personnes interviewées, que par elle nous atteindrions la vérité sur nous-mêmes. Ce qui est problématique, c’est ce monopole conféré à la science de la vérité sur nos existences sous le prétexte de son objectivité. Ainsi le seul rapport valable au réel serait celui de l’objectivité scientifique. Qu’y cherchons-nous donc ?

A lire les réactions, c’est l’incertitude du passé (quête de l’identité) et l’incertitude de l’avenir (angoisse de la mort) qui poussent à s’agripper à une connaissance rassurante car apparemment neutre et objective. Il est ironique de constater à quel point ce qui est présenté comme la pointe de la modernité rappelle une manière plutôt très ancienne de conjurer l’incertitude de nos vies.
L’article du Nouvel Observateur s’amuse : « vous voulez savoir si vous avez le « gène guerrier » qui soi-disant prédispose au succès ? iGenea peut vous dire « si vous êtes porteurs de la variante du gène MAOA-L. » » Cela y ressemble à s’y méprendre à une prophétie : encore quelques années et l’on vous dira si vous allez tuer votre père au détour d’un chemin et épouser votre mère. Le destin rassure car il explique mais la dérive ne se fait pas attendre puisque le laboratoire en question n’hésite pas à établir des gènes du peuple juif…
Sans oublier qu’obtenir un oracle coûte évidemment très cher.

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