La Gauche en Israël, Un Retour Possible en 2015 ?

Le lundi 8 décembre 2014 les députés de la Knesset (le parlement israélien) ont voté la dissolution du Parlement et sont ainsi rentrés dans une période de campagne électorale et ce jusqu’au 17 mars 2015, date des prochaines élections législatives.

La crise politique au sein du gouvernement israélien est arrivée après une manœuvre politique forte du Premier Ministre Benjamin Netanyahu. Il a remercié deux de ses ministres, membres de la coalition alors en place, et qui sont maintenant deux de ses principaux opposants dans la campagne électorale en cours. A la suite de cela, une vague de démissions a eu lieu en soutien à ces derniers transformant cette crise politique en un effondrement gouvernemental.

Il s’agit de Yair Lapid, ministre des finances et Tzipi Livni ministre de la Justice. Tous deux à l’époque étaient membres de la coalition formée par le Likud, parti de droite avec à sa tête Netanyahu, au lendemain des élections législatives de 2013.

Pour pouvoir comprendre les enjeux nationaux de ces élections il faut noter plusieurs choses. Premièrement, il est important de savoir que l’actuel chef du gouvernement tient les commandes de l’Etat hébreu depuis 2009 et qu’il est très présent sur la scène politique israélienne depuis le début des années 1990. Il a été Premier ministre de 1996 à 1999, ministre des Finances de 2003 à 2006 pour ensuite devenir premier ministre en 2009 jusqu’à aujourd’hui.

Ainsi, voilà plus de 25 ans que Benjamin Netanyahu agit sur la vie des israéliens, et cela ne fait plus l’unanimité.

Mais où est donc passée la gauche israélienne ?

Dans la Knesset, il y a un total de 120 sièges. A l’issu des élections législatives la liste qui a reçu le plus grand nombre de voix et donc de sièges au parlement obtient, avec l’aval du président d’Israël, la mission de former une coalition stable devant dépasser la majorité parlementaire de 60 sièges.

C’est ainsi qu’un parti ayant récolté la majorité des voix du peuple peut se retrouver dans l’opposition et non pas à la tête de l’État. C’est effectivement ce qui s’est passé en 2009 lorsque le parti centriste de Tzipi Livni, Kadima, est arrivé en tête des élections mais n’a pas réussi à former une coalition stable pour pouvoir diriger l’Etat. Le Likud a donc reçu la confiance du Président Shimon Peres à la suite du refus du parti Travailliste de gauche de soutenir Livni dans sa victoire et tenter de former une coalition de centre gauche.

Le problème de la gauche israélienne depuis les années 1990 est sa difficulté évidente à trouver des partenaires pour former une coalition stable et durable aussi librement que ceux de droite. En 2013 l’éclatement de la gauche s’est confirmé avec l’effondrement du parti travailliste face aux nouveaux partis de centre droit qui ont émergé afin de récolter les voix indécises des électeurs déçus.

Le retour du Sionisme réaliste

Cependant, aujourd’hui, la donne n’est plus la même. Les listes des partis des prétendants au pouvoir ont été dévoilées et ainsi leurs ambitions politiques.

La campagne s’est avérée plus délicate quand Yitzhak Herzog, à la tête de l’opposition du gouvernement depuis son élection à la présidence du Parti Travailliste en 2013, a fait appel aux partis de gauche pour former une grande alliance afin de contrer une réélection de Netanyahu. Livni était au rendez-vous et le 10 décembre dernier ils ont annoncé en commun leur alliance effective et ont ainsi fondé la liste de centre gauche appelée le Camp Sioniste.

La liste du Camp Sioniste est constituée majoritairement de jeunes et la parité est très présente face à une liste du Likud contenant plus d’hommes sexagénaires que nécessaire. De plus, leur campagne se centre essentiellement sur les problèmes sociaux-économiques que traverse actuellement Israël. La priorité d’Herzog et Livni, selon eux, est de restaurer le pouvoir d’achat de la classe moyenne israélienne de toutes origines et milieux sociaux, y compris la communauté arabe, très présente dans leur campagne.

D’autre part, dans les 5 premières places de cette liste paritaire se trouvent plusieurs jeunes issus des grands mouvements sociaux de l’été 2012. Ces événements ont fortement marqué les israéliens qui sont sortis dans les rues à plus d’1 million pour protester contre le coût de la vie et les inégalités sociales. Cela représente un nombre considérable sachant que l’Etat hébreu n’abrite que 7.8 millions d’habitants.

La campagne du Camp Sioniste se différencie de celle du Likud et des autres partis de droite par son poids mis sur les idéaux de justice sociale et d’égalité avant la sécurité du territoire et les menaces extérieures.

Effectivement, en ce qui concerne la politique internationale et donc le processus de paix, Herzog et Livni prônent les négociations directes et l’avancement efficace du processus face au statu quo qui dure depuis bien trop longtemps.

Selon les derniers sondages, les deux grands partis (le Likud, et le Camp sioniste) sont tous deux à égalité d’intentions de vote. Ils obtiendront en effet tous les deux environ 25 sièges au parlement, suivis par le parti de droite le Foyer Juif (13 sièges) et par l’alliance des partis Arabes (12 sièges). C’est pour cela qu’en théorie rien n’est encore joué mais tout reste à construire.

Le Camp Sioniste a pris comme slogan de campagne la phrase forte « C’est NOUS ou Lui », il serait donc temps que le Nous soit assez rassembleur pour que la justice et l’égalité redeviennent les priorités du peuple et des électeurs indécis opposés à la menace extérieure, priorité des partis de droite. Il est temps que la gauche silencieuse du temps d’Yitzhak Rabin du début des années 1990 refasse surface et montre au monde, comme à son peuple, qu’un Israël prônant la paix et la justice existe.

Daniel Shadmy est un étudiant franco-israélien à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO-Langues ‘O) à Paris. Il est spécialisé dans les relations internationales et les études chinoises.

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