Attention, vous êtes trollés !

Connaissez-vous les « trolls » ? Si vous fréquentez des blogs ou lisez les commentaires sur des articles de presse, vous en avez certainement rencontré, de ces personnes qui pratiquent une politique agressive de commentaires et de contre-argumentation, notamment vis-à-vis du travail journalistique. Leur approche : les insultes et attaques personnelles, ou la désinformation. De tels comportements ne sont pas uniquement désintéressés, ou le fait de citoyens simplement engagés et contestataires : le trolling consiste bien souvent en une activité rémunérée et délibérée de désinformation, à la main d’États ou d’organisations dont les intentions sont rarement pures.

Les pays baltes en ont fait les frais, comme le racontent deux interlocuteurs issus de ces pays au magazine européen en ligne Eurozine. La prise de distance de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie à l’égard de la Russie, puis leur adhésion à l’Union européenne, a suscité une forte opposition de Moscou, soupçonné d’être à l’origine des premières grandes cyber-attaques, dirigées contre l’Estonie en 2007, et de mener une politique d’ampleur visant à désinformer les populations de sa « zone d’influence ».

Leur constat ? Internet, et les réseaux sociaux en particulier, facilite la tâche de ceux qui voudraient brouiller toute distinction entre le travail des journalistes et les plus grossiers fantasmes, ne serait-ce qu’en brouillant les perspectives et les discours. Mais le problème concerne aussi les journalistes eux-mêmes : comment faire confiance aux médias traditionnels après la participation des médias russes à la propagande du Kremlin relative au conflit ukrainien ? New Republic raconte ainsi comment le crash de la Malaysia Airlines a été présenté comme … un élément d’une stratégie américaine visant à provoquer une guerre avec la Russie.

Dans ces conditions, repenser une politique d’information est essentielle. Parmi les idées évoquées par Eurozine, la formation de tous les élèves au décryptage des informations recueillies sur Internet notamment paraît de plus en plus indispensable ; les récentes controverses au sujet des réactions à l’attentat contre Charlie Hebdo dans les collèges et lycées publics confirment le besoin d’établir des ponts entre l’école et les médias, comme le suggéraient notamment les discussions avec Marcel Gauchet sur France Inter le 15 janvier dernier. Repenser le financement de la presse reste aussi à l’ordre du jour (voir sur ce point le « Projet pour une presse libre » du Monde diplomatique, dans la revue de presse du 17 janvier).

Mais un autre point souligné par Eurozine retient l’attention : en Estonie, pays où la liberté de la presse est très étendue, des difficultés s’étaient faites sentir à cause d’un grand nombre de commentaires anonymes insultants. « C’était devenu un énorme problème, car de nombreuses personnes s’étaient retirés des médias de peur d’être attaqués par des trolls ». Le pays a alors lancé plusieurs séminaires de recherche, qui ont abouti à la découverte que les « commentateurs anonymes en série » ne composaient que 0,3% des personnes qui laissaient des commentaires sur Internet. Une découverte qui, répandue dans la société estonienne, a fait prendre conscience du caractère marginal de ces comportements, et par conséquent du caractère disproportionné du pouvoir dont les trolls disposaient. A quand une étude identifiant les sources de la désinformation en France ?

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