Astronomie : vers de nouveaux modes de financement

Mars One, Space X, Planetary Res­source, et maintenant Uwingu… Les projets d’Astronomie issus de la sphère privée se multiplient, souvent dans des conditions d’éthique discutables. Mais les coupes budgétaires à répétition dans un monde résolument libéral n’obligent-elles pas les astronomes à se tourner vers de nouveaux modes de financements. Aux Etats-Unis, les ponts entre le public et le privé sont jetés depuis longtemps, tandis que la culture Européenne prône toujours une certaine méfiance.

Image credit: NASA/CXC/JPL-Caltech/STScI/NSF/NRAO/VLA

Image composée de la galaxie NGC 4258 par la Chandra X-ray Observator, NSF’s Karl Jansky Very Large Array de la NASA, le Hubble Space Telescope de la NASA et le Spitzer Space Telescope.

Il semble bel et bien fini, le temps où les grands programmes d’exploration spa­tiale étaient exclusivement réservés aux agences publiques. La société civile s’octroie le droit d’utiliser ce bien commun de l’humanité, quitte à bousculer les règles du jeu en la matière. “Certes, l’espace n’appartient pas aux scientifiques, mais il faut que son utilisation soit organisée, estime Auguste Le Van Suu, directeur de l’observatoire de Haute-Provence. Les exoplanètes, par exemple, sont soumises à une nomenclature bien précise. Cela m’embêterait que l’une d’elles s’appelle Georges Bush !” Sur la mission Mars One, de nombreuses voix se sont élevées contre ce projet de voyage sans retour vers la planète rouge, construit en dehors de toute expertise scientifique.

“Il existe un article international qui empêche de faire n’im­porte quoi dans l’espace”, rappelle Patrick Michel, astronome à l’observatoire de Côte d’Azur. Qui interdit, par exemple, d’excaver un astéroïde comme le propose la société Planetary Ressource. Cependant, pour Patrick Michel, notre connaissance de ces petits corps du Système solaire est tellement embryonnaire que les recherches menées par cette entreprise privée afin de conce­voir des missions robots passeront par une phase scientifique utile aux chercheurs. “Aujourd’hui, cela coûte un milliard de dollars pour rapporter le moindre échantillon. On est donc loin d’aller miner un astéroïde ! Sans le vouloir, le travail en amont de Planetary Ressource va nous en apprendre beaucoup sur la nature de ces astres et la manière d’y accéder.”

Depuis 2002, date de la fondation de la société américaine Space X, à qui la Nasa a confié le transport de fret vers la station spatiale inter­nationale, public et privé ont donc appris à tra­vailler ensemble, chacun tirant profit de l’autre. Dans un pays construit sur le modèle capitaliste, la Nasa n’a aucun scrupule à prendre l’argent là où il est. À plus forte raison dans un contexte de crise où la réalisation du télescope James Webb a englouti une bonne partie de son budget. Pour les entreprises privées, “participer à des missions internationales d’envergure donne aux entreprises une visibilité, une image de savoir-faire et d’excel­lence”, considère Patrick Michel. Ainsi, Lockheed Martin Space Systems collabore étroitement avec la Nasa sur la construction de fusées, navettes, sondes et télescopes spatiaux, parfois à perte. Dans un cas plus particulier, souvenons-nous du projet Red Bull Stratos qui, en octobre 2012, avait permis au parachutiste autrichien Felix Baumgartner de s’élancer depuis la stratosphère, équipé d’une combinaison d’astronaute, et de dépasser le mur du son. Un exploit technique dont l’astronaute Jean-Pierre Haigneré, pourtant méfiant vis-à-vis des intentions du privé à utiliser l’image des astronautes à des fins commerciales, n’hésite pas à saluer “le professionnalisme, tant dans l’expertise des risques que les avancées tech­niques qu’il a permis”.Ces partenaires venus du privé n’hésitent pas, d’ailleurs, à débaucher des chercheurs du monde académique et à leur pro­poser des rôles de conseillers scientifiques, géné­ralement très bien payés.

En Europe, cependant, la culture historiquement méfiante de la recherche envers les fonds d’ori­gine privée fait du refus de ce type de partenariat une affaire de principes. “Les industries ont moins de pouvoir d’influence dans le domaine de l’astro­nomie, qui reste une science fondamentale où il est difficile d’avoir des retombées industrielles”, estime pourtant Auguste Le Van Suu. “Il faut regarder au cas par cas, ne pas s’enfermer dans des principes, mais ne pas être naïf non plus”, conclut Patrick Michel.

Laisser un commentaire